Revue A l’Index n°32

Revue À l’Index n°32

— espace d’é­crits —

À L’index est avant toutes choses une revue dont le pre­mier numé­ro est paru en 1999. Dans un pre­mier temps, “pro­lon­ge­ment papier” des Rencontres du “Livre à Dire (1997÷2012), elle pour­suit, aujourd’­hui encore son che­min, se vou­lant avant tout un espace d’é­crits. Au fil des numé­ros, elle a vu son for­mat, sa cou­ver­ture, se modi­fier. Pour se pré­sen­ter aujourd’­hui et depuis sa 20iéme livrai­son sous un for­mat plus réduit (A5) et une cou­ver­ture “fixe” avec comme iden­ti­té visuelle la vignette créée pour la revue par l’a­mi Yves Barbier.

Tes yeux sans plumes

La rue est vieille, les gens sont vieux, un vieux dimanche, tu es si vieille. Tu penches pour un rien, tu te démontes pour un rien, je compte les bleus sur tes jambes sans démar­ca­tion. Tes mains cris­pées, je les aime, tes yeux sans plumes, tes che­veux d’ange, je les aime, tes mots d’autrefois, je les aime. Tu déam­bules jusqu’à midi, jusqu’à la sieste puis vers la nuit qui tombe en fin d’après midi. Ton vieux cœur plein bat bien, ta tête veut suivre et com­prendre.
Tu me parles des morts qui mour­ront avec toi, sou­dain la vie flotte.
On fait la sieste. Tu restes dans le fau­teuil, je m’allonge sur ton lit. Au réveil je te masse, je te touche pour te soli­di­fier. Tu me décris les arbres que tu ne vois pas. La chambre se rem­plit de lumière verte, le vent nous ébou­riffe. Je te fais la lec­ture, il faut que j’articule, je m’accorde à ton rythme, je me plais dans ta len­teur, j’ai cent ans avec toi.

Protection maxi­male

Il faut fer­mer les trappes, les tra­boules, véri­fier tous les coins. Il faut du plat, lisible et sans issue. Il faut mettre des pommes et du sucre de côté et refu­ser les fleurs après 22H. A la pre­mière odeur sus­pecte, couvre ta tête et rehausse tes pieds. Il faut réduire toutes les vitesses, faire chauf­fer l’eau à petit bouillon, se concen­trer sur ce qui cli­gnote et sur les poin­tillés.
Il faut man­ger le plus pos­sible de choses vertes et boire, boire, boire sans cesse, boire pour trans­pi­rer toute l’imbécilité.

Vengeance de bonne femme

Je vais peindre en noir les feux de ta bagnole, badi­geon­ner de colle les touches de ton télé­phone, rem­pla­cer ton après sham­poing par du désher­bant, décou­per la der­nière page de ce polar si hale­tant que tu lis en ce moment, te ser­vir un whis­ky sur des gla­çons par­fum lavande, mon amour, tu râles ?
Passons aux choses sérieuses.
Je vais te per­cer les narines au dénoyau­teur et te faire bouf­fer les confet­tis, t’installer sous per­fu­sion de xylo­phène pour te trans­for­mer en momie, je vais t’ouvrir le crâne et me ser­vir dedans, délo­ger tes men­songes et une fois ton cer­veau sem­blable à celui d’une poule je te ferai gober des grains de maïs cru, je te jet­te­rai au four et si tu te débats je t’achève tout de suite en te cre­vant les yeux avec une frite trop frite.

Jean-Claude TARDIF
11, rue de Stade
76133 Epouville
revue.alindex@free.fr