Courrier reçu par Lichen qui résume bien la revue : « Votre Lichen, c’est un champ de luzerne avec des coque­li­cots, des bleuets et des mar­gue­rites. C’est beau, ça change tout. On s’y attarde. On regarde. On n’ose pas abî­mer. On res­pecte. On sou­pire d’aise. On souffle des­sus pour voir si le vent du dedans fait un fris­son sur votre pay­sage, par­fois quelque chose bouge, c’est visible, c’est une brise légère. Au loin, des bos­quets, le maquis sent la mar­jo­laine, des genêts ont le jaune qui convient aux balais de prin­temps. La poé­sie y est reine sou­ve­raine sau­va­geonne, elle court court, gam­bade, sau­tille pour plus tard trou­ver un abri, un caba­non moi­tié écrou­lé, une hutte de ber­ger, puis elle croque dans un qui­gnon de pain, un oignon cou­pé en tranches, un bout de sau­cis­son et la gourde de métal trempe dans la rivière, plus bas. Lichen, c’est ça. » (SN)

Rototo

Je man­ge­rais bien
un cochon
je man­ge­rais bien
l’oiseau avec son nid
je man­ge­rais bien
les truites qui n’existent plus
les galets
la plage
ma sœur et son rire de crabe.
Une fois tout avalé
j’ouvrirai grand la bouche
et jaillira
un rot sublime.

Apocalypse bien­tôt

Mauvaises nou­velles de la forêt ! Les oiseaux font sécher de grandes ailes métal­liques sur des fils ten­dus entre les arbres. Sous la mousse les arai­gnées ont plan­qué des pattes de rechange avec des arti­cu­la­tions ren­for­cées. Les four­mis décollent et stockent les points des ama­nites. Les lapins puent comme s’ils s’étaient rou­lés dans la téré­ben­thine. On a cap­té un ours en train de frot­ter des écorces pour faire du feu.

Parité

Il y a peu de can­di­dates pour extraire le pétrole, il y a peu de can­di­dates pour domp­ter la nature et la mettre à sa botte, il y a peu de can­di­dates pour enfer­mer les hommes, les tabas­ser, les vio­ler, en faire des mar­chan­dises, il y a peu de can­di­dates pour méca­ni­ser le vivant et inven­ter des machines pour tuer en série, il y a peu de can­di­dates pour pen­ser une bombe ato­mique, il y a des femmes per­dues dans un monde d’hommes, elles tra­versent la vie à la nage en tenant d’un côté le réel et de l’autre la main de leurs enfants.